Seul importe l’essentiel Enregistrer au format PDF

Bulletin d’une rive à l’autre : été 2020
Mercredi 1er juillet 2020 — Dernier ajout lundi 29 juin 2020

Ardents ou réticents, impatients ou timides, nous avons recouvré l’usage de nos libertés. De l’ordre de nos possibilités relèvent comme naguère celles d’aller et venir, d’accueillir nos proches, de nous porter vers les familiers qui nous ont fait défaut, de renouer enfin avec ces rencontres, ces rituels, ces paysages aussi dont nous n’aurions pas cru qu’ils pourraient nous manquer. Malgré les précautions de rigueur, nous sommes de nouveau à même de nous réunir, de retrouver la chance des échanges “de visu”, d’éprouver surtout cette sensation d’être au monde et de l’habiter sans laquelle, peau de chagrin, la vie réduite forcément s’appauvrit.

À l’abri de nos murs, si ce n’est de l’enclos où chantaient les oiseaux, nous n’avons pas gardé d’un insolent printemps pareilles impressions. Certains ont pu souffrir de l’exiguïté de leur logis, de la difficulté à y concilier télétravail et suivi scolaire, voire de l’irréductibilité d’un face-à-face. D’autres ont subi la perte d’un emploi, quelquefois la mort d’un proche, dans l’esseulement inhérent aux réglementations sanitaires. Sans oublier ceux qui n’ont pu retenir sur le chemin de leurs dérives un père ou une mère livré(e) à la vacuité des jours sans leurs sourires ni la chaleur de leur main dans la leur.

Alors que les masques véhiculent encore méfiance ou peur, que retenir de cette expérience inédite ? Cette conviction d’Alain-Fournier selon laquelle “Seul importe l’essentiel”. Puisse-t-elle nous aider à prendre soin des autres comme des nôtres, à discerner nos priorités. Ainsi saurons-nous ressentir le frisson de la vague chuintant sur les galets, humer le vent du soir et ses poussières dorées, et rêver d’une aurore qui déploie les couleurs du temps de nos anciens soleils.

Florence Levené