1er dimanche de Carême

« Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte » (Rm 8, 11) Enregistrer au format PDF

Homélie
Dimanche 17 mars 2019

Dt 26, 4-10 ;
Ps 90 ;
Rm 10, 8-13 ;
Luc 4, 1-13

Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte (Rm 8, 11)

De la honte, nous pouvons en éprouver ces derniers jours face à l’accumulation des révélations d’abus auxquelles nous assistons au sein de l’Eglise.Nous pouvons ressentir tristesse, dégoût ; nous pouvons même souffrir et pleurer sur l’Eglise. La souffrance que nous avons à partager est d’abord celle des victimes,blessées, abusées par certains membres indignes de l’Eglise.

Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte (Rm 8, 11)
Cette citation de saint Paul est en fait extraite du livre du prophète d’Isaïe (28, 16) : …ainsi parle le Seigneur Dieu : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui s’y fie ne sera pas ébranlé. _Aujourd’hui, face à ce flot de scandales révélés dans les médias, comment ne pas être ébranlés ?
Comment garder foi et espérance ?
Entendons l’invitation de l’Écriture (Isaïe) à revenir au fondement de l’Église : le Christ ; à revenir à sa raison d’être : l’Église a été voulue, instituée par le Christ.

En ce premier dimanche de Carême, s’ouvre pour l’Église un temps de conversion. Un temps pour revenir au Christ, un temps pour prendre la Parole. Prendre la Parole au sérieux dans notre vie de baptisés.
Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. (Rm 10,8)
La prendre avec nous, la prendre en nous : l’accueillir dans notre cœur, la méditer, la savourer, pour nous en nourrir, pour en vivre et la porter jusqu’à notre bouche.Dans l’évangile de ce dimanche (Luc 4):face au Tentateur, Jésus prend la Parole. À chaque tentation, il répond en citant l’Écriture, la Parole de Dieu.La Parole de Dieu joue en quelque sorte le rôle d’un rempart contre les assauts du Tentateur.
Psaume 90 : « Je dis au Seigneur : “mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr” »En quoi l’évangile des tentations de Jésus au désert est-il porteur de foi et d’espérance pour nous aujourd’hui ?

Commençons par une précision sur celui qui est appelé le « diable » dans l’évangile.Le diable n’est pas ce personnage rouge avec des cornes et un trident, inventé pour faire peur aux enfants.« Diable » vient du grec « dia/bolos » : le diviseur ; celui qui divise notre cœur, celui divise qui nos communautés, qui divise notre humanité. C’est aussi le Tentateur, le Séducteur (Si tu fais ceci, je te donnerai cela ; si tu m’aimes, je t’offrirai cela …). Alors que le don de Dieu est toujours gratuit,sans condition, la stratégie du Tentateur, elle,est fourbe:il marchande pour obtenir finalement ce que, lui, veut.Il est celui qui avance masqué, qui entretient la confusion en nous et entre nous.

Jésus, rempli d’Esprit,est confronté au diable mais il parvient à le débusquer, et même à le vaincre.Jésus pourrait ainsi s’adresserau diable : « Je te vois venir avec tes gros sabots … ». Dans son marchandage, le Tentateur propose à chaque fois un peu plus, il offre à Jésus de monter un peu plus haut, d’avoir plus de pouvoir, plus d’influence, plus de possession.

Soyons vigilants ! Nous sommes en danger lorsque nous n’y voyons plus clair, lorsque nous sommes dans la confusion, lorsque nous ne voyons plus où est le péché : ce qui nous déshumanise, ce qui abîme notre humanité, qui la fait retourner en esclavage, comme le peuple des Hébreux en Égypte (Dt 26), ce qui défigure le visage de l’Église. Nous sommes en danger lorsque nous nous entretenons dans l’illusion de toute-puissance, comme si nous pouvions vivre sans Dieu, comme si nous n’avions pas besoin de Sauveur.

En ce premier dimanche de Carême,dans la prière d’ouverture de la messe, nous avons demandé au Seigneur : tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle.
C’est donc notre objectif commun de Carême : nous ouvrir à la lumière du Christ.
Dès aujourd’hui, choisissons résolument le Christ ou pour le dire autrement : prenons la Parole  !

  • Animés par l’Esprit Saint et par l’amour de l’Église, prenons la parole pour nommer le péché de certains membres indignes de l’Église, nommons ce péché. Sachons personnellement nommer notre péché pour prendre nos distances avec lui, pour nous désolidariser de lui, pour vivre libres !
  • Prenons la Parole (de Dieu) pour l’accueillir dans notre cœur, la méditer, la faire nôtre et la porter ensuite jusqu’à notre bouche pour l’annoncer à nos frères et sœurs.Cette Parole, nous la découvrons en ouvrant notre bible et nous l’entendons également dans la bouche de nos frères et sœurs.Dieu nous parle à travers nos frères et sœurs, en particulier les plus petits, ceux qui ont été blessés, abusés.
  • Enfin, prenons la parole, mais pas n’importe comment:avec discernement. Prononçons des paroles de bénédiction, des paroles de réconfort, de soutien mutuel, d’encouragement.Dans le contexte actuel particulièrement pesant, prenons soin les uns des autres. Que nos paroles agissent comme un baume apaisant sur les cœurs blessés et meurtris.

En ce début de Carême, ne baissons pas les yeux !Orientons résolument nos regards vers le matin de Pâques, vers la lumière du Ressuscité :Christ est vainqueur !Lui seul est notre espérance ;lui seul est l’espérance de l’Eglise !

Documents à télécharger