Eclairage

Prenez soin de vous ! Enregistrer au format PDF

Mercredi 1er juillet 2020 — Dernier ajout samedi 27 juin 2020

« Prenez soin de vous ! » : l’expression utilisée par un journaliste à la fin de son journal télévisé, me faisait sourire et me plaisait beaucoup par son ton empreint d’humanité. « Prends soin de toi ! »  : c’est devenu aujourd’hui la nouvelle formule de politesse à la fin d’un courrier, d’un message ou d’une visite.

prends le temps

Prends soin de toi

Depuis la pandémie, que ce soit dans la sphère familiale, amicale ou professionnelle, le « prenez soin de vous » a remplacé les « bien à vous », les « cordialement » et autre formulation convenue par lesquelles nous avons l’habitude de terminer missives et courriels.

Cette nouveauté à connotation plus intime serait-elle le signe d’un changement et de la prise de conscience d’une nouvelle façon de vivre « l’après » et de créer du lien moins superficiellement ? Prononcer cette phrase suppose en tout cas que nous établissons une relation plus incarnée, on s’adresse à une personne en tant que personne et peut-être avons-nous envie de lui dire que nous nous intéressons à elle en affirmant notre sympathie ou notre amitié.

Et si cette tournure toute simple était en elle-même révélatrice d’une société en mutation ?

Prends le temps

Tout en écrivant résonne en moi le chant de Jean Humenry inspiré du livre de l’Ecclésiaste.

Prends le temps, écoute un peu le vent,
Prends le temps de poursuivre le temps,
Encore un peu de temps,
et tu n’auras plus le temps [1].

Prendre du temps pour soi est capital. Ce fut un point positif du confinement : adieu agenda, sorties et réunions ! Fini de courir après un temps qui nous a semblé suspendu et s’est invité chez nous alors que nous n’étions pas en vacances, pour le repos, la lecture, l’écriture, la méditation, le jardinage, les mots croisés, les travaux d’aiguille ou de bricolage, les jeux, et que sais-je encore, sans oublier la marche d’une heure pour mieux connaître notre quartier… Bref un entraînement pour le temps d’après et pour goûter à ce que veut dire « prendre le temps de vivre » et aller à son rythme sans attendre la retraite ou la vieillesse. Une manière aussi de prendre conscience de la valeur de la vie et de ce qui nous rattache à elle.

À ce propos, le livre de Frédéric Lenoir La consolation de l’ange proposé comme lecture le mois dernier, m’a séduite par la leçon de vie qu’on y découvre. Ce conte philosophique, véritable hymne à la vie, est riche de sens et fait grandir en nous le désir de vivre pleinement et intensément le moment présent.

Prendre le temps de regarder la beauté de la vie mais aussi de la nature. Si le coronavirus a malheureusement tué, il ne nous a pas enlevé notre capacité d’émerveillement ! Il a même été une bénédiction pour la nature et pour la planète. Quel bonheur d’entendre les oiseaux, de voir les fleurs s’épanouir, de mieux respirer l’air pur malgré nos masques !

Prendre du temps pour les autres cela aussi nous l’avons expérimenté en prenant des nouvelles des uns et des autres, des plus fragiles, en nouant des contacts avec les voisins, en applaudissant tous les soirs à 20h pour remercier les soignants. Nous avons pris conscience que nous sommes des êtres de relation et que la fraternité n’est pas un vain mot.

Si le confinement a remis nos pendules à l’heure alors que tout allait trop vite, qu’allons-nous faire de cette pause ? Que sera « le monde nouveau de l’après » fait des expériences et des habitudes prises pendant le confinement ? Que sera « l’Église nouvelle de l’après » riche d’une communauté qui a connu le manque, la fragilité, la mort, mais qui s’est aussi prise en mains pour célébrer, méditer et partager la Parole de Dieu en la vivant dans le service du frère ?

Et si nous étions en train de traverser notre « Mer rouge » et de quitter l’esclavage ? Et si nous étions en route vers un chemin nouveau de libération « à la saveur évangélique » ainsi que l’écrit notre curé dans sa lettre aux acteurs de la vie paroissiale ?

Et si c’était maintenant « le temps favorable » (2 Cor 6, 2), le temps de la grâce et « l’Aujourd’hui de Dieu » ?