Culture et foi 2015

« Poèmes en guerre » Enregistrer au format PDF

Récital poétique et musical du vendredi 28 août 2015
Samedi 5 septembre 2015 — Dernier ajout samedi 17 février 2018
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Récitant : Pierre Gandry
Violon : Odile Graef
Piano : Véronique Agnus
Chant : Gabrielle Brichet
Accompagnement : Benoît Lopez

La Session “Culture et Foi” s’est terminée par un récital poétique et musical, le 28 août, au CCAS de Trébeurden : « Poèmes en guerre ». Dans la dernière réplique du Roi Lear le gendre du roi défunt proclame : Dans ces temps de malheur, à quoi bon des poètes ? Dans ces temps de barbarie, il faut au contraire des poètes et de la beauté, plus que jamais. Le soldat tchèque qui découvre le 8 juin 1945 Desnos moribond, au camp de Terezin, découvre aussi son dernier poème, dédié à sa compagne Youri. Le récital rend hommage aux écrivains que la guerre a épargnés et qui gardent au cœur la morsure du malheur.

Les écrivains chrétiens rentrent dans la guerre comme les autres, abasourdis et saisis d’effroi. Sauf Charles Péguy qui, serein, à la veille d’être tué offre des fleurs champêtres à la Vierge, dans une église écartée, déjà plus qu’à moitié dévastée. Le refuge et le viatique sont la prière et, le plus souvent possible, l’eucharistie. L’aumônerie militaire en est à ses balbutiements, mais les prêtres brancardiers, qui écopent de missions meurtrières, célèbrent la messe dans des guitounes.

Georges Bernanos s’en sort : le rosaire est son soutien (il sera affecté toute sa vie de terribles crises d’angoisse). En voilà un qui croit si fort dans la force des sacrements qu’il se marie en 1917 ! Sa théologie, parfaitement orthodoxe, sera marquée par la guerre : la fraternité des hommes de la tranchée l’oriente vers la communion des Saints, naturellement. N’est-elle pas écrite par l’ancien combattant cette dernière réplique de sa dernière œuvre (“Le dialogue des Carmélites”) : Nous ne mourons pas seuls, nous mourons les uns pour les autres et qui sait, les uns à la place des autres ?

On cite toujours les penseurs chrétiens, qui ont en eux assez de force spirituelle pour conjurer le malheur ; mais les autres, ceux de la piétaille ? Cette prière (quelques lignes) trouvée dans la poche d’un soldat tombé au combat en dit long sur la foi des humbles.

Sois près de moi, ô Dieu ! La nuit est sombre
La nuit est froide ; ma faible étincelle
De courage meurt. La nuit est longueur.
Sois près de moi, ô Dieu ! Et fais-moi fort.
(ext. de “Les plus belles prières”, éd. Amiot-Dumont

Le petit groupe d’un soir qui s’est produit le 28 août : récitant, accordéoniste, chanteuse, pianiste, a voulu un moment s’appeler “Molenes Dous” (douce Molène), en hommage à cette île que la voracité des extracteurs de sable va peut-être faire vaciller. “Il y a des larmes dans les choses” disait VIRGILE. Pourquoi pas ? Qui se souvient des bois saccagés du Verdunois, sinon le poète ?

J’étais un petit bois de France
Avec douze rouge furets
Mais je n’ai pas eu de chance
Ah ! Que m’est-il donc arrivé ?
(Jules Supervielle : “Poèmes de la France malheureuse”)

Noël Lefort

Quelques photos de la soirée

(Photos de Jean-Marc Dubé)