Pentecôte : Homélie du Père Didier Enregistrer au format PDF

Dimanche 31 mai 2020

Tant bien que mal nous voici parvenus au terme de notre temps pascal. Il y a 50 jours, alors que nous étions confinés, nous avons célébré les uns et les autres, souvent en famille, église domestique, d’une manière ou d’une autre nous avons fait mémoire de la Résurrection du Christ. Puis, comme aux apôtres, eux aussi confinés pour une autre raison que nous, Jésus nous a répété qu’il nous fallait nous préparer à recevoir une force d’en haut. Et en ce jour de Pentecôte, c’est ce qui se réalise : aujourd’hui, l’Eglise entière demande de toutes ses forces un renouvellement intérieur.

Le mot Pentecôte vient d’un mot grec « penta » qui signifie 50. Et cette fête remonte bien avant Jésus-Christ. Elle célébrait chez les juifs le don des 10 commandements sur le mont Sinaï, 50 jours après la sortie d’Egypte. Et c’est en ce jour de fête qu’un autre don est fait aux hommes, que l’Esprit Saint descend sur les apôtres. Et je voudrais aujourd’hui m’arrêter plus spécialement sur 3 appels, 3 grâces que la Pentecôte produit en nous. Grâces qui sont d’ailleurs celles du sacrement de confirmation, notre Pentecôte personnelle. En recevant et en priant l’Esprit Saint, nous sommes appelés :

  • à témoigner de notre appartenance au Christ : nous sommes chrétiens ;
  • à prendre notre place dans l’Eglise ;
  • et à évangéliser les autres. C’est bien en effet ce que nous révèlent les textes d’aujourd’hui.

1 - Témoigner de notre état de chrétien c’est-à-dire vivre en chrétien et ne pas avoir peur de nous affirmer comme tels. Dans l’évangile, nous lisons que les apôtres se cachaient par peur des Juifs. Ils n’osaient plus se dire amis de Jésus. Sans doute aussi y avait-il le remords d’avoir abandonné leur Seigneur. Peur de vivre en chrétien, d’être du Christ, de le montrer ; doutes face aux difficultés ; enfermement sur soi après le péché : des tentations qui sont toujours actuelles ! Jésus apparaît alors pour tout remettre en place dans leur cœur.

Et le premier mot du Ressuscité, c’est : « la Paix soit avec vous ». Cette parole de pardon et de guérison va ouvrir les cœurs à l’Esprit Saint.

Et en ce jour de Pentecôte, c’est à nous tous que le Christ nous dit, par-delà nos trahisons, nos faiblesses ou nos fatigues : « Paix à vous… recevez l’Esprit Saint ». C’est parce que nous recevons l’Esprit Saint que nous pouvons ensuite témoigner. St Paul nous le dit dans la 2° lecture : « Sans le Saint Esprit, personne n’est capable de dire : Jésus est Seigneur ». Bien sûr qu’il peut nous arriver de douter, de nous décourager face aux difficultés ! Ecoutons alors le Christ nous dire, par son Esprit : « La Paix soit avec vous ».

Aujourd’hui, l’Esprit de Pentecôte nous pousse à ne pas craindre de nous affirmer toujours plus chrétien, par notre vie et nos actes, pour recevoir la Paix. C’est cela la première grâce de cette fête : c’est parce que Jésus nous offre la Paix que nous pouvons recevoir l’Esprit Saint. Et en recevant l’Esprit, nous sommes alors capables de témoigner du Christ.

2 - Prendre sa place dans l’Eglise, c’est-à-dire mettre nos dons au service du Christ et de nos frères. Si nous vivons vraiment notre foi, si nous osons témoigner de ce que nous sommes depuis notre baptême, nous en viendrons tout naturellement à nous demander : quelle est ma place dans l’Eglise ? Et là encore, c’est l’Esprit Saint qui est à l’origine de cela. Ecoutons encore St Paul : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous ». Cette variété de dons, elle est symbolisée dans l’évangile par la multiplicité des langues parlées par les apôtres. Tous les comprennent, afin que l’humanité entière puisse ne former qu’un seul peuple. La Pentecôte, c’est l’anti-Babel : lors de la construction de la Tour de Babel, les hommes s’étaient divisés et leurs langues leur étaient devenues mutuellement incompréhensible ; à la Pentecôte, sans supprimer la diversité, tous peuvent cependant se retrouver autour du même Christ dans une même Eglise.

Pour prendre notre place dans cette Eglise, il nous faut là aussi un peu de courage pour vaincre la timidité, l’égoïsme ou l’indifférence. Là aussi, il nous faut de la persévérance pour lutter contre le découragement et les critiques. Là aussi, il nous faut de la force pour accepter la gratuité du service. Prendre sa place dans l’Eglise, c’est comprendre que dans l’Eglise un chrétien ne peut pas être seulement un consommateur. L’Eglise est ce que nous en faisons. Et beaucoup de chrétiens ne se rendent pas compte que leur Eglise, que parfois ils critiquent, où ils trouvent que l’on pourrait faire plus et mieux, ne fonctionne souvent que grâce à une petite poignée de bénévoles. Accepter cet appel de l’Esprit Saint, c’est aussi comprendre que cette place dans l’Eglise, j’ai à la prendre, j’ai à bien l’assumer, mais j’ai aussi à savoir ne pas en dépasser les limites, à savoir que je ne peux pas tout faire dans l’Eglise !

L’Esprit de Pentecôte me pousse aujourd’hui à me demander et à prier pour savoir quelle place je puis occuper dans l’Eglise ; quel don ai-je reçu en vue de la construction du Corps du Christ ?

3 - La mission d’évangélisation : enfin, c’est que parce que nous aurons la force du témoignage d’une vie vraiment chrétienne, et ce au sein de l’Eglise, que nous correspondrons à la troisième grâce de la Pentecôte : évangéliser les autres. Le récit de la Pentecôte, dans les Actes des Apôtres, en est la preuve éclatante. Ayant reçu l’Esprit Saint, les disciples de Jésus vont non seulement ne plus avoir peur, non seulement découvrir dans leur cœur des dons qu’ils ne soupçonnaient pas et qui vont construire l’Eglise, mais ils vont aussi mettre en œuvre ces dons pour que cette même Eglise grandisse et se propage.

Ils vont proclamer au monde les merveilles de Dieu. Et c’est bien cela que Jésus leur avait ordonné : « Recevez l’Esprit Saint. De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… ».

L’Esprit de Pentecôte nous pousse aujourd’hui vers les hommes qui ne croient pas encore, car le premier don, le plus grand que nous pouvons leur faire, c’est de leur annoncer, de leur faire rencontrer le Fils de Dieu. Et vous savez que cette évangélisation passe souvent par notre exemple et notre parole.

La Pentecôte, c’est tout cela : témoigner du Christ, construire l’Eglise, évangéliser le monde. C’est pour cela que nous recevons l’Esprit Saint, et que nous le prions aujourd’hui. Nous avons à nous rendre compte que, par notre baptême, par notre confirmation, par notre prière, l’Esprit Saint vit au plus intime de nous-mêmes et nous transforme peu à peu, invisiblement, si nous le laissons faire. Nous avons à nous rendre compte que cela nous concerne chacun, personnellement ; que le Royaume du Christ passe par les deux mains et par le cœur que nous avons, et pas par celles des autres seulement. En ce jour, appelons de toutes nos forces cet Esprit qui nous a été donné, car c’est lui et lui seul qui renouvelle notre cœur ; c’est lui et lui seul qui renouvelle son Eglise.

Amen