Message de Mgr MOUTEL Enregistrer au format PDF

Samedi 30 mai 2020
Au commencement de l’Église, la force de l’Esprit Saint
Message de Mgr Denis MOUTEL pour la Fête de la Pentecôte

Dans cette fête de Pentecôte, notre joie est grande de pouvoir nous retrouver de nouveau à l’église, avec des personnes bien vivantes, en chair et en os. C’est en effet dans l’Église rassemblée que nous écoutons le mieux la Parole de Dieu et que nous vivons plus intensément la communion sacramentelle au Corps du Christ.

Aujourd’hui se réalise la promesse du Seigneur : « vous allez recevoir une force quand l’Esprit-Saint viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins » (Ac1, 8).

L’Esprit Saint est donné « au commencement de l’Église », pour que chacun brûle du feu de son amour. En ce jour de Pentecôte, n’ayons pas peur d’être transportés par l’Esprit Saint « au commencement de l’Église ». Ce n’est pas pour écrire une fiction, faire comme si nous étions au temps des apôtres, mais c’est pour bien comprendre que nous ne pouvons pas recommencer comme avant l’épidémie, reprendre l’activité pastorale là où nous l’avions laissée comme si rien ne s’était passé, reprogrammer absolument ce qui n’a pu avoir lieu, comme si nous n’avions pas changé.

Je vous propose sept étapes pour ce commencement auquel nous sommes tous conviés, dans la force de l’Esprit Saint.

1. La joie de croire.

Le mouvement de l’Esprit Saint est manifesté dans des expressions de joie, de louange, d’action de grâce, comme en Jésus, quand « il exulta sous l’action de l’Esprit Saint » (Lc 10,21), comme les apôtres au jour de la Pentecôte. Nous pouvons être simplement heureux de la vie, de la création de Dieu, des rencontres inattendues que nous avons connues malgré le confinement. Plus encore nous sommes heureux de comprendre que le cœur humain peut être habité et transformé par l’Amour, bien au-delà de ce que nous osions imaginer. La joie de croire, c’est de pouvoir annoncer et célébrer la source de cet amour qui a été répandu en nos cœurs. C’est Jésus, le Christ, qui donne sa vie à tous par sa mort et dans la puissance de sa résurrection. Il est rempli de l’Amour du Père et il donne l’Esprit Saint. C’est par l’Esprit Saint que nous sommes capables de dire « Jésus est Seigneur » (1Co 12,3). Être chrétien, ce n’est pas autre chose. Ce n’est pas la perfection morale, ce n’est pas un chemin de contemplation élitiste, mais c’est être avec le Christ et vivre avec Lui, jour après jour. C’est reconnaître que dans nos vies, parfois incertaines ou perdues, abîmées par le péché, Jésus est Seigneur et que sa présence peut tout changer.

2. L’épreuve de la traversée.

L’épreuve de la pandémie nous a profondément marqués et va impacter durablement la vie du monde. Nous sommes un peu comme ce cavalier qui vient de traverser au galop un étang gelé ; au fur et à mesure qu’il avançait vers l’autre rive la surface gelée se brisait sur son passage et, regardant en arrière, il saisit qu’il a été sauvé des eaux de la mort. Nous connaissons cette traversée : les peurs éprouvées devant la contagion, la solitude des personnes qui ont connu l’isolement d’une chambre, la perception de nos fragilités et le retour de la dure réalité de la mort que nous ne voulions plus voir. Ce passage marquera sans doute une plus grande vérité de notre foi. La grâce du baptême n’est pas une petite amélioration de ce que nous serions déjà devenus par nos propres forces, ce n’est pas une petite cerise sur le gros gâteau de ces activités que nous voudrions parfois soustraire à l’Evangile, ce n’est pas un soupçon d’amour divin sur une pâte sans saveur qui n’aurait jamais vraiment levé. C’est beaucoup plus et c’est pour toujours : nous sommes sauvés dans le Christ : sur Lui et sur nous avec lui, la mort n’a plus aucun pouvoir. Par le don de l’Esprit, nous redécouvrons que la vie chrétienne est un salut : « dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. » (Séquence de la Pentecôte)

3. Le signe de la Réconciliation.

Nous étions séparés et nous voici maintenant rassemblés. Parce que c’est la Pentecôte, nous vivons ces retrouvailles avec plus d’intensité. Après la dispersion de la tour de Babel où les hommes s’étaient perdus, voici l’assemblée de Pentecôte où « nous pouvons entendre parler dans nos langues des merveilles de Dieu ». (Ac 2,11). 1Souvent la diversité nous fait peur : il n’est pas facile d’écouter l’autre jusqu’au bout, de le comprendre, de construire un projet qui intègre les personnalités, les talents, les charismes. Nous serons vraiment « au commencement de l’Église » si nous demandons la grâce, pour nos communautés chrétiennes, de l’unité et de la paix afin d’en témoigner dans le monde. Nous n’avons pas fini d’explorer toutes les chances de ce que l’on appelle « la synodalité », c’est-à- dire l’accueil de la volonté du Seigneur, moyennant l’écoute et la participation de tous.

4. Le don de l’Eucharistie.

Nous avons vécu douloureusement l’impossibilité de recevoir le Corps du Christ en communion. Par le don de l’Esprit, nous avons sans doute purifié et approfondi notre désir de la communion sacramentelle. Notre sens de l’Eucharistie s’est peut-être enrichi à la mesure de ce qu’il doit être. Nous avons pu lire, écouter, comprendre et recevoir la Parole de Dieu dans nos maisons, avec une réelle implication et nous ne pourrons plus rester endormis tandis qu’un lecteur-témoin la proclame dans l’église, le dimanche. Nous avons également redécouvert, le sacrement du « frère », c’est-à-dire ce fruit de l’Eucharistie qui trouve son accomplissement dans la charité, la rencontre et le service des autres.

5. Le courage de sortir.

Ces jours-ci, nous avons préparé de façon très responsable notre « rentrée » dans nos églises. Il ne faudra pas rater « la sortie ». C’est un mot qui revient souvent dans la bouche du pape François : « Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel ; sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » . (François La joie de l’Evangile N° 20)

L’activité pastorale de notre paroisse ne peut se résumer à la pratique de l’Eucharistie. C’est central certes et tant mieux si nous en avons retrouvé le chemin. Mais quand nous préparons la messe en paroisse, c’est important de préparer aussi « la sortie » de la messe : qui allons-nous visiter ? à qui allons-nous porter le Corps du Seigneur ? A quels enfants, quels jeunes, quelles familles, allons-nous dire que « Jésus est Seigneur » ?

6. L’urgence du partage.

Pendant le confinement, j’ai souvent entendu dire : « nous ne sommes pas les plus à plaindre ». Ils sont nombreux ceux que la crise économique et sociale va secouer, durement et durablement. Beaucoup d’entre vous, vous êtes engagés dans des associations de solidarité ou de simples gestes de voisinage. Comment passer la vitesse supérieure, chacun avec ses possibilités et les appels qu’il reçoit ? J’ai fait un rêve : dans le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, nous pourrions réfléchir à la part de nos revenus que nous allons consacrer au partage. Quand les possibilités sont là, cela pourrait aller jusqu’à la dîme, c’est-à-dire consacrer vraiment, pendant un an, 10% de nos revenus aux plus précaires ou à ceux qui doivent reconstituer leur outil de travail (un compte ouvert chez un commerçant, un libraire ou un restaurant pour apporter une trésorerie immédiate qui sera consommée ultérieurement). Des prêtres m’en ont parlé pour eux-mêmes. Je suis prêt à m’engager avec eux et avec vous.

7. L’audace de la liberté.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, voilà la liberté de l’Esprit. Comme ce don est le bienvenu ! Puisque nous avons su innover pendant la période inédite du confinement. Nous avons pu apprécier un changement de rythme. Ne nous sentons pas obligés de répéter, de tout faire comme avant. Ne soyons pas soumis à des programmes contraignants ou à des organisations mais prenons le temps d’interroger l’importance et l’enjeu missionnaire de chaque activité.

« Car l’Esprit que vous avez reçu n’est pas un esprit qui vous rende esclaves et vous remplisse encore de peur ; mais c’est l’Esprit Saint qui fait de vous des enfants de Dieu et qui nous permet de crier à Dieu : « Abba, ô mon Père ! » (Rm 8,15)

Belle fête de Pentecôte !

+ Denis MOUTEL
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier