Lettre de Mgr Denis Moutel évêque de Saint-Brieuc et Tréguier Enregistrer au format PDF

Mardi 12 mai 2020 — Dernier ajout mercredi 13 mai 2020

Aux prêtres, diacres, séminaristes, délégués pastoraux, membres des E.A.P. responsables des services diocésains et communautés religieuses.

Saint-Brieuc, le 11 mai 2020

Chers amis,

Ce lundi 11 mai 2020, nous sommes entrés dans une nouvelle étape de la lutte contre la pandémie du Covid-19 avec un déconfinement progressif dont le cadre règlementaire a été précisé par le gouvernement. La liberté, en partie retrouvée, de circuler et de se réunir (moins de 10 personnes) ne nous fait pas oublier la responsabilité qui est la nôtre pour participer à la lutte contre la propagation du virus.

Certes, nous avons été déçus de devoir attendre encore un peu, jusqu’au 2 juin, pour la célébration communautaire de l’Eucharistie. Cependant nous nous sommes tenus dans l’attention les uns aux autres, avec de nombreuses initiatives visant à nourrir la foi, à entretenir des liens fraternels et à veiller sur les plus fragiles. Dieu nous a parlé au cours de ces semaines, nous l’avons écouté. Nous avons eu le temps, du temps pour aimer, du temps pour les autres. Nous avons eu du temps pour nous réjouir de l’engagement de tous ceux qui ont rendu notre vie quotidienne possible. De cela, nous pouvons rendre grâce.

Mais nous sommes inquiets aussi devant les souffrances présentes ou à-venir des personnes les plus vulnérables. Il est temps de se préparer le cœur pour écouter, accompagner, visiter, partager, agir. Au moment même où nous entrerons de nouveau dans l’église, il nous faudra « sortir » pour retrouver dans les autres le Christ que nous aurons reçu en communion. Que notre grande faim eucharistique creuse en nous le désir de servir d’une manière renouvelée, chacun suivant son charisme et ses possibilités.

Le moment est venu de reprendre des liens plus directs, pour partager sur ce que nous sommes devenus, pour envisager la mission de façon concertée.

Avant de donner des repères pratiques pour les semaines à venir, je souhaite souligner quelques points d’attention.

  • Le discernement : « que devons-nous faire ? » Même si des indications générales sont données pour tenir compte des consignes sanitaires, c’est au plan local que nous pouvons nous poser les bonnes questions et trouver des réponses adaptées. Quel est l’appel particulier du Seigneur pour nous en ce moment, pour nous prêtres et diacres, pour nous paroissiens, pour nous communautés et mouvements ? Qui est mon prochain ? Qu’allons-nous vivre en priorité ? Nous ne pouvons pas nous contenter de remettre en route un moteur arrêté depuis deux mois, en cherchant à tout vivre « comme avant », avec la même vitesse de croisière, les mêmes fatigues, les mêmes personnes au bord de la route. Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres pour écouter l’Esprit Saint qui « vous enseignera tout » (Jn 14,26).
  • Recommencer -ou plutôt continuer- avec les plus fragiles d’entre nous. Le fait de retrouver notre liberté de déplacement nous amène à renouer le contact avec les personnes les plus vulnérables, dans la prudence et le respect des barrières sanitaires.
    • Porter la communion aux personnes malades, en situation de handicap, en nous appuyant, notamment là où c’est possible, sur le service de la Présence Fraternelle.
    • Rendre visite, à domicile, à une personne seule, malade, en situation de handicap, à une personne qui a vécu un décès durant le confinement.

Il s’agit de nous porter d’abord auprès de ceux qui nous ont dit leur solitude, leur inquiétude, leur souci professionnel, pendant le confinement. Qui allons-nous écouter ou visiter ? La crise sanitaire que nous traversons est aussi une crise économique et sociale : comment nous tenir en éveil et prendre notre part des choix qu’il nous faudra faire « pour que les hommes aient la vie » ?

J’ai demandé à Benoît Gosselin, diacre et délégué épiscopal pour la diaconie de l’Eglise, de conduire un groupe de travail qui nous aidera dans cette vigilance.

  • Proposer une relecture à ceux qui le souhaitent. En paroisse, en mouvement, personnellement ou avec 9 personnes (en trouvant un lieu approprié), nous pouvons raconter, relire notre expérience du « confinement », comme dans une « équipe synodale », il y a quelques années : que sommes-nous devenus ? Quelle parole de Dieu nous a rejoints ? A qui, à quoi faisons-nous plus attention ? Qu’est-ce qui a changé ? A quoi tenons-nous davantage aujourd’hui
  • Vivre des moments de fraternité :
    • Par des échanges directs de moins de 10 personnes ou par des moyens numériques : partages entre catéchistes, entre membres d’équipes liturgiques, à partir des orientations du Synode, à partir du livret « St Matthieu « …
    • Proposer un temps de prière sous forme d’une liturgie domestique avec un maximum de 10 personnes.

Repères pour les activités pastorales et liturgiques

J’ai demandé à un groupe de travail d’accompagner ce déconfinement progressif de nos activités ecclésiales et de proposer des points d’attention à usage des paroisses. Cette commission, conduite par le P. Hervé Le Vezouët, vicaire général, nous aidera à anticiper la reprise des célébrations et à préparer les églises, le moment venu.

  • Nous nous conformons strictement aux mesures légales de cette 1 ère étape de déconfinement et aux « barrières sanitaires ».
  • Jusqu’au 2 juin, les rassemblements de plus de 10 personnes ne sont pas autorisés. Mais un certain nombre de rencontres sont possibles dans ce cadre : E.A.P., C.P.A.E. et d’autres rencontres pastorales. On respectera la distanciation sanitaire d’un mètre entre chaque personne.
  • Les églises peuvent rester ouvertes pour la prière personnelle, mais aussi pour l’entretien spirituel, le sacrement de la réconciliation, la prière devant le Saint Sacrement. Jusqu’au 1 er juin, on veillera à ce que moins de 10 personnes n’y accèdent en même temps.
  • En ce qui concerne la catéchèse, des prêtres et des catéchistes nous disent que beaucoup de familles sont « démobilisées » tandis que l’école va reprendre un peu. Là aussi, on choisira localement (plutôt après le 1 er juin et avec l’accord formel des parents) la meilleure manière de marquer, en petite équipes, la fin de l’année et un rendez-vous pour la rentrée, par exemple avec un temps de prière,
  • Pour les camps et rencontres de jeunes, nous devrons attendre des informations qui seront communiquées, sans doute début juin, après l’évaluation sanitaire de la première phase du déconfinement.
  • Nous ne pouvons pas envisager de pèlerinage diocésain à Lourdes dans sa forme habituelle. Suivant ce que les sanctuaires communiqueront, notre service diocésain pourra envisager une proposition alternative et réduite, mais toutefois importante pour le lien de notre diocèse avec Notre Dame de Lourdes.
  • Les pardons de l’été ne pourront être célébrés dans les conditions habituelles. Nous ne savons pas encore ce qui sera autorisé.
  • Il n’est pas opportun de s’orienter vers une pratique « privée » de l’Eucharistie, dans les maisons. Si des fidèles sont présents aux messes célébrées par un prêtre, c’est à son discernement mais on ne peut pas l’annoncer.
  • Les obsèques sont célébrées dans l’intimité familiale (maximum 20 participants), suivant ce qui est pratiqué dans notre diocèse depuis le 17 mars.
  • Les maisons paroissiales restent fermées au public jusqu’au 02 juin.

En pièce jointe, un document rappelle les « rendez-vous diocésains et ressources disponibles ». Même si ces événements (Pardon de saint Yves, messe chrismale, ordination) seront célébrés de façon inhabituelle, nous pourrons nous y associer par la radio ou la vidéo.

Dès maintenant, j’appelle sur notre diocèse l’intercession de Saint Yves que nous fêterons dimanche prochain 17 mai à Tréguier, à l’intérieur de la cathédrale et sans assemblée. Modèle pour les prêtres, ami des pauvres, témoin d’une vraie justice, il a vécu l’Evangile en actes. Qu’il porte nos prières et nous encourage à nous donner comme lui, dans le Christ.

En fraternelle communion.

+ Mgr Denis MOUTEL
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

Documents à télécharger