L’autel, un meuble d’art pour le Seigneur Enregistrer au format PDF

Dimanche 5 avril 2009 — Dernier ajout mardi 4 juin 2019

Il y a déjà un an, l’ensemble du mobilier liturgique de l’église Saint-Jean du Baly était renouvelé. En « cadeau » d’anniversaire, nous publions cet interview réalisé par une équipe de caté.
Rencontre privilégiée pour Étienne, Alix, Calum et Anaïs ! Pour Patapon, ils sont allés dans l’atelier de Christophe Rouil, l’artiste qui a peint l’autel de l’église Saint Jean du Baly à Lannion, dans les Côtes d’Armor.

Calum  : Peindre un autel, ce n’est pas comme peindre une toile ?

Christophe Rouil : Oh non, c’est très intimidant de faire ça. Nous avons d’abord longuement parlé avec le prêtre, l’ébéniste qui a réalisé cet autel, et la commission d’art sacré de l’Église catholique. L’autel, c’est la table du Seigneur. Il faut alors que l’autel soit beau, et en même temps, il faut qu’il s’efface devant le Seigneur. Ce n’est pas l’autel que l’on doit voir pendant la messe, mais le Christ qui se donne à nous. Ma peinture devait donc conduire à regarder, non pas la table, le meuble liturgique, mais ce qui se passe sur la table : l’Eucharistie. Christophe Rouil et l'autel de St-Jean du Baly à Lannion

Alix  : Et vous avez peint l’autel dans l’église ?

Christophe : Oui. Je travaillais le jour, mais j’avais aussi besoin d’être seul parfois. Une nuit, je suis entré dans l’église, il était deux heures du matin. J’étais là, devant le Tabernacle, devant le Seigneur, et, j’ai senti qu’Il m’aimait et me demandait d’être moi-même, rien d’autre. Je me suis tenu respectueusement devant l’autel et j’ai peint. C’est ce que la Présence me demandait. J’étais simplement devant Jésus, avec mes défauts et mes qualités, et c’était cela qu’Il désirait. Et Il veut que nous soyons des saints. Les saints sont des gens normaux, ils ont même des défauts ; nous pouvons être des saints, il faut choisir d’aller vers Jésus.

Anaïs  : Est-ce que votre peinture est liée à votre foi ?

Christophe  : Oui, je ne peux pas séparer ma foi de ma peinture, elles sont intimement liées. Et j’aime mettre ma foi dans la peinture. Aussi, les Évangiles sont pour moi une vraie nourriture. Je les aime. Il y a quatre évangélistes, c’est très important, comme les quatre points cardinaux, et puis cela fait quatre regards différents. C’est beau. J’ai une petite préférence pour Saint Jean… mais en fait, c’est comme pour aller en mer, tu choisis ton bateau : ce peut être un bateau à moteur, à voile, à rames, un bateau de course… peu importe, l’essentiel est que tu sois en mer. Moi je ne fais pas la course, j’ai choisi Saint Jean pour m’accompagner, et je suis en mer avec lui. Peindre est pour moi une façon de prier.

Étienne  : Vous peignez des scènes des Évangiles ?

Christophe : Les récits évangéliques sont souvent présents dans ma peinture, mais parfois par petites touches. J’aime glisser dans une toile un calice, l’élévation… Là j’ai peint Marthe et Marie. Elles sont pour moi un peu les figures de la servante et la maîtresse de maison. Marthe ne fait que servir Jésus, tandis que Marie est vraiment son amie, elle reste près de Lui. Marthe se tient dans l’ombre, discrète, et Marie dans la lumière. Et puis, j’ai récupéré l’ancienne planche qui servait d’autel à l’église Saint Jean, et je voudrais peindre dessus. Je trouve cela important, cette planche n’était pas belle, c’était du provisoire pour l’autel (elle est en contreplaqué), mais elle a servi pour le Seigneur. Aussi, je voudrais y faire une Marie-Madeleine. Marie-Madeleine au matin de Pâques ! Elle est triste, elle va dans le jardin et ne voit qu’un jardinier. Elle lui demande où est passé son Seigneur. Le jardinier l’appelle par son prénom, Marie, aussitôt elle reconnaît le Christ. C’est très beau. Mais sinon, je fais aussi des dessins très différents, surtout quand j’illustre des livres pour les enfants.

Anaïs, Calum, Alix et Étienne : Merci beaucoup, Christophe, de nous avoir partagé votre peinture, votre foi et votre enthousiasme. Nous devons maintenant repartir… nous serions bien restés avec vous plus longtemps.