Fête du Saint Sacrement - Homélie de David Plantet Enregistrer au format PDF

Dimanche 14 juin 2020

FETE DU SAINT SACREMENT - 14 juin 2020

Dt 8, 2-3.14b-16a
Ps 147
1 Co 10, 16-17
Jn 6, 51-58

Aujourd’hui, en fêtant la solennité du Saint Sacrement, nous sommes tous interrogés sur notre relation à l’Eucharistie, d’autant plus que nous commençons à retrouver ce sacrement après bien des semaines de jeûne. Comment nous préparons-nous à venir à la messe ? Qu’en attendons-nous ? Il est certain que personne ne répondra la même chose… alors qu’avons-nous de commun ? Cela montre bien que nous arrivons à la messe différents… mais repartirons-nous différents ? C’est cette question que je voudrais examiner avec vous aujourd’hui.

Nous arrivons différents parce que nous sommes divisés (non pas dans le sens de séparé ou opposé). Mais le Christ nous fait entrer en communion. Alors, nous repartirons différents parce que la communion nous aura transformés.

  • Nous arrivons différents parce que nous sommes divisés.

Depuis que je suis en insertion ici pour ma formation j’ai entendu beaucoup de choses différentes, parfois contradictoires, sur votre rapport à l’Eucharistie, à la Parole de Dieu ou à la prière. Cela montre que nous formons une communauté "divisée". Divisée entre ceux qui se disent ouverts, conservateurs, progressistes, conciliaires, enthousiastes ou traditionalistes… Bien que ces adjectifs soient caricaturaux, vous voyez ce que je veux dire. Mais notre communauté est aussi divisée parce que chacun de nous, en lui-même, est divisé entre ses joies et ses peines, ses forces et ses limites, ses lenteurs et ses impatiences…

Mais il y a quelque chose d’heureux car cela dit bien que nous sommes une communauté "normale", c’est-à-dire une communauté bien réelle et non pas idéalisée. Cette communauté que nous formons est comparable à tant d’autres. Elle est comparable à la communauté des disciples qui ne s’entendent pas toujours. Elle est aussi comparable à la communauté de Corinthe à qui Paul s’adresse en rappelant que s’il y a une multitude de membres, ils ne forment qu’un seul corps, car ils ont tous part à un seul pain.

En venant ici pour la messe, c’est le Christ qui nous rassemble. Il est le seul à pouvoir dépasser nos divisions. Il nous rassemble justement parce que nous sommes divisés.

« Celui qui mange ma chair… demeure en moi, et moi je demeure en lui » dit Jésus dans l’Évangile. C’est-à-dire que l’Eucharistie est une rencontre personnelle avec le Christ. En sa présence, les masques que nous mettons sur nos divisions tombent. Elles sont dépassées pour que nous entrions dans un autre mode de relation où tout est réconcilié.

En venant à la messe, il ne s’agit pas de laisser à la porte ce qui ne va pas, ce qui divise, pour faire comme si nous étions une communauté idéale constituée de gens idéaux. Non, entrons avec nos divisions pour les présenter au Seigneur car lui seul fait l’unité du corps. Ainsi, nous entrons en communion parce que chacun est pris en compte, parce que Dieu rejoint chacun là où il est. La communion est un amour vrai qui fait tomber les murs.

  • Nous repartirons différents parce que la communion nous aura transformés.

L’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne, nous rappelle le Concile Vatican II. C’est la modalité par excellence où le Seigneur se donne à nous. Le Christ ne fait pas que rassembler des membres dispersés, il donne sa vie au corps entier. Dans l’Eucharistie, nous recevons la vie du Christ, la vie divine.

Communier, c’est consentir à se laisser faire, à se laisser transformer. Dieu est en nous, nous sommes en Lui. Il s’agit alors de repartir vivant, animé de cette vie nouvelle. Ainsi, l’Eucharistie est nécessaire à la vie chrétienne car elle nous fait advenir à ce à quoi le baptême nous a fait naître : fils et fille de Dieu. Par l’Eucharistie, nous trouvons notre véritable identité dans ce corps que notre communauté est capable de former parce que, malgré nos divisions, nous entrons dans la vie : la vie divine qui est vie éternelle.

Je vous propose que, dans l’offrande du pain et du vin qui vont être consacrés sur l’autel, nous puissions aussi présenter nos divisions au Seigneur pour qu’il les visite et les transforme de sa vie, pour qu’en communiant à la vie nouvelle qu’il nous donne, nous trouvions en lui notre unité.

Abbé David PLANTET