Fête de la Sainte Trinité - Homélie de Philippe Giron Enregistrer au format PDF

Dimanche 7 juin 2020 — Dernier ajout mercredi 10 juin 2020

Ex 34, 4b-6.8-9
Dn 3, 52-56
2 Co 13, 11-13
Jn 3, 16-18

Frères et sœurs,
Chers amis,

Aujourd’hui j’aimerai vous proposer une petit expérience. Imaginez trois personnes rassemblées tenant chacun une bougie allumée. Vous leur dites de pencher les bougies les unes vers les autres de façon à ce qu’on ne voit plus qu’une seule flamme. Pourtant il y a bien trois bougies. On ne peut pas dire que quelle bougie vient plus spécialement la flamme : cette flamme vient des trois bougies à la fois sans que l’on puisse les séparer. Et pourtant… il y a bien toujours trois bougies !

Cela ne va pas nous expliquer ce qu’est la Trinité, un seul Dieu en trois personnes, c’est un mystère ! Ce n’est pas quelque chose d’incompréhensible mais quelque chose qu’on n’a jamais fini de chercher et de comprendre. Notre expérience peut en donner une image approchée.

La Trinité est présente en permanence dans notre vie de chrétien : nous avons été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous avons tracé le signe de croix qui utilise les mêmes termes au début de cette messe et souvent au début et à la fin de nos prières, nous proclamons le Je crois en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint tous les dimanches, et la doxologie de la fin de la prière eucharistique célèbre la Trinité.

Nous allons essayer de réfléchir ensemble : qu’est-ce que chacune des personnes de la Trinité nous montre de Dieu et qu’est-ce qu’elles nous apportent dans notre vie de chrétien ? Pourquoi la Trinité est si importante dans notre foi ?

Dans l’Ancien Testament on ne parle pas de Trinité mais du Dieu unique que nous connaissons grâce à nos frères juifs. Il a accompagné son peuple dans son histoire et nous avons entendu dans la première lecture comment il se manifestait à Moïse. Il n’accompagne pas seulement les juifs mais aussi tous les peuples de la terre et par extension tous ceux de tout l’univers, jusqu’à nous envoyer son Fils, et là nous découvrons que Dieu est plus grand que ce que l’on pensait.

Le Père c’est celui qui a créé l’Univers, c’est celui à qui nous pensons quand nous contemplons un beau ciel nocturne. C’est celui qui a « inventé » l’évolution qui a permis à des micro-organismes de se développer pour aboutir en quelques milliards d’années à ce que nous sommes, les hommes et les femmes de ce monde, ce qui ramène les bricolages de laboratoire dans lesquels l’homme serait censé bientôt remplacer Dieu à de ridicules prétentions.

Nous connaissons Jésus surtout par les quatre évangélistes et saint Paul. Jésus est lui-même est Dieu, Fils de Dieu, il a partagé notre condition humaine, il est mort et ressuscité et l’eucharistie que nous célébrons aujourd’hui est un rappel de la dernière Cène, de sa mort et de sa résurrection. Dans les Évangiles, nous découvrons que nous sommes tous frères et sœurs, ce que nous disait déjà l’Ancien Testament dans la Genèse et le Deutéronome. Jésus est Dieu mais ne cherche pas être mis sur un piédestal et à être pompeusement glorifié, il nous invite plutôt à nous aimer les uns des autres, et il est présent dès que quelques uns sont réunis en son nom [1] comme le dit saint Mathieu. Il nous accompagne dans notre vie et a promis à ses disciples de nous envoyer un « défenseur [2] », celui que nous appelons l’Esprit Saint.

Cet Esprit Saint, on le perçoit un peu dans l’Ancien Testament, mais c’est Jésus qui en parle plus. Il nous renvoie à l’esprit de sagesse. On pense tout de suite à Salomon et à son fameux jugement mais aussi à la sagesse de personnes passées ou de notre temps, qu’elles sont chrétiennes ou pas. Nous pensons à nos grands saints mais aussi à d’autres chrétiens comme Martin Luther King, ou plus récemment le docteur Denis Mukwege , ce médecin congolais, prix Nobel de la Paix en 2016 qui soigne des victimes de sévices sexuels. Cette sagesse s’exprime aussi en dehors du monde chrétien : dès l’Antiquité comme Socrate ou Diogène, ou dans le monde oriental avec Bouddha ou Gandhi. Nous ne pouvons pas dire que ces personnes ne possédaient pas en eux l’esprit de sagesse.

L’Esprit Saint nous force à sortir de notre confinement catholique, à regarder le monde qui nous entoure. Il nous force à constater que la sagesse, le bon sens et l’intelligence sont aussi des dons de Dieu qui sont partagés par plein d’autre personnes que nous.

Et pourtant ces trois personnes sont un seul et unique Dieu. Dans l’évangile de saint Jean Jésus nous dit : Le Père est moi nous sommes un [3] et L’Esprit reçoit ce qui vient de de moi pour vous le faire connaître [4]. Il y a quelques années un théologien, Jean-Noël Bezançon a écrit un petit livre : Dieu n’est pas solitaire [5]. Il montre que les trois personnes de la Trinité sont en relation perpétuelle, et elles souhaitent que nous entrions aussi dans cette vie de relation avec Dieu, comme dit St Irénée : Dieu s’est fait homme pour que l’Homme se fasse Dieu [6]. Elles ne peuvent pas exister l’une sans l’autre, et nous ne pouvons pas les séparer, comme la flamme des bougies de tout à l’heure.

Que se passerait-il sans la Trinité ? Le Père tout seul serait comme un despote solitaire et lointain, devant lequel nous serions entrain de prier pour « apaiser son courroux ». Le Fils seul ferait que nous serions dans une ONG sympathique et humaniste, ce que rappelle le pape François régulièrement. L’Esprit Saint tout seul nous ferait entrer dans une sagesse universelle, sans qu’il y ait besoin d’avoir d’entrer en relation avec ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous aurions un regard très identitaire. La Trinité c’est comme un tabouret à trois pieds, si on en enlève un, l’équilibre est rompu et nous tombons.

Mais pour nous aujourd’hui, en cette période de pandémie, en quoi la Trinité peut-elle nous intéresser ? Est-ce que tout cela n’est pas un peu trop théorique pour les pauvres croyants de base que nous sommes ?

Le Père, lui, nous renvoie au respect de la Création. On pense actuellement que la pandémie actuelle est apparue parce qu’on a trop mis à mal l’équilibre de la nature. Protéger cette Création qui vient de Dieu nous fait contribuer à l’œuvre du Père. La célébration des 5 ans de l’encyclique Laudato Si’ en ce moment est une piqûre de rappel.

Le Fils Jésus nous rappelle que nous sommes tous frères et que nous profitons de façon immorale des conditions de travail épouvantables dans certains pays qui nous fournissent pour pas cher des tee-shirts, des smartphones et en ce moment des médicaments et des masques qu’eux-mêmes ne peuvent se procurer. Il est bon d’ouvrir et lire sa Parole régulièrement pour ne pas oublier d’où nous venons et pour quoi Jésus est venu. Comme dit saint Jean dans l’évangile d’aujourd’hui : Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé.

L’Esprit Saint nous apporte cette dimension universelle qui nous fait découvrir d’autres cultures, d’autres religions, d’autres façons de vivre et de penser. Ça ne veut pas dire que nous devons abandonner ce qui nous fait vivre mais c’est comme une maison, celle-ci est en général plus agréable avec de grandes fenêtres ouvertes sur l’extérieur qu’avec de toutes petites ouvertures.

Aujourd’hui nous célébrons la solennité de la Sainte Trinité. Celle-ci nous délivre un message : Dieu est Amour, un amour miséricordieux, révélé en son Fils, agissant en nos vies par l’Esprit Saint. C’est le cœur de notre foi, et la source de notre communion. Faisons-en le cœur de notre vie, au nom du Père et du Fils, et du Saint Esprit.

Amen.

Philippe Giron
Diacre permanent

[1Mt 18, 20

[2Jn 15, 26

[3Jn 10, 30

[4Jn 14, 16.

[6Irénée de Lyon, Contre les hérésies.