10 mai 2020 : 5e dimanche de Pâques Enregistrer au format PDF

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »
Samedi 9 mai 2020
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Les textes du jour

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Homélie du 5e dimanche de Pâques – Jean 14, 1-12

L’évangile de ce dimanche réveille en moi trois souvenirs que je vous partage en guise d’introduction.

Aux belles nuits d’été, il m’arrive parfois de trainer sous la voute étoilée. Je contemple ces milliers ‘d’étoiles’, visibles à l’œil nu, myriades de galaxies dont la lumière vient frapper ma rétine. Peu à peu, à mesure que mes yeux s’habituent, la Voie lactée se révèle et laisse entrevoir son immense sillon… Je contemple et me tais, écoutant le silence de la nuit profonde… Et je me dis souvent : « Comment serait-ce possible ? un dieu créateur de tout cela ?… Mais qui est-il, Dieu ? »

Un moine cistercien m’a raconté qu’un jour, au chapitre qui précède la prière d’entrée dans la nuit, le père abbé d’un monastère bénédictin faisant retraite chez eux avait été invité à prendre la parole. Il faut imaginer tous ces moines habillés de leur coule blanche, écouter religieusement le bénédictin vêtu lui de noir. Il commence alors : « Dieu seul… » Un mouvement de contentement parcourt l’assistance vénérable… Puis il continue : « Mais ce n’est pas vrai… » consternation… « Il y a le Christ ! »

A quelques jours de basculer de l’autre côté de la vie, mon vieux frère Paul, prêtre de la Mission de France comme moi, avait murmuré : « Je ne sais pas si je crois en Dieu… mais il y a le Christ ! » Et c’était comme un cri lancé face à la mort qui vient.

Ces trois ‘petits’ exemples pour dire l’étonnement qui est le mien à la lecture de l’évangile de ce dimanche : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ! » Ainsi donc c’est en Dieu qu’il faudrait s’enraciner dans la foi ? Mais tout, dans notre monde, semble contester son existence même ! L’autonomie acquise par les humains depuis le XVIIe siècle, et surtout le suivant, a conduit à détacher le destin de l’humanité de son créateur. Les révolutions anglaise et française ont donné les bases des démocraties, séparant le pouvoir politique du pouvoir religieux. La laïcité, fondée sur l’acte de séparation de l’Eglise et de l’Etat, particularisme français mais pas uniquement, a séparé définitivement le religieux de la société, le confinant dans la sphère privée… On voit ainsi comment Celui qui était auparavant la norme d’une société traditionnelle, « Dieu au centre, source de toutes choses », en est progressivement devenu… périphérique. On lui a donné pour nom ‘sécularisation’. Nietzsche, le philosophe prophète, l’annonçait déjà à l’orée du XXe siècle : « Dieu est mort ! »

Pourquoi ce long détour pour aborder ce texte d’évangile ? Parce que celui-ci porte les questions qu’on se pose face à l’inévitable échéance de notre pèlerinage sur terre :

« Nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » dit Thomas. La réponse vient d’elle-même, tellement chevillée à nos existences de croyants : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » lui répond Jésus. Et il poursuit : « … puisque vous me connaissez, vous connaitrez aussi mon Père… » C’est donc par la fréquentation de Jésus-Christ que Dieu se révèle à nous… Nous connaissons les moyens : l’Evangile, 4 témoignages qui en appellent d’autres ; la prière, cœur à cœur où creuser avec Lui à l’endroit de nos existences ; la communauté, Eglise célébrante, vivant par les sacrements, offrant l’espace où Le rencontrer et l’aimer ; les petits et les pauvres enfin, lieu de vérité de notre proximité avec le Christ… L’amitié du Christ se recouvre d’herbes folles si on ne la parcoure pas !

« Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » demande Philippe. Incroyable prétention, mais surtout expression de l’incroyable proximité qu’il a tissée avec Jésus ! La réponse de Jésus l’aura-t-elle déçu ? Peut-être, mais elle nous livre la clef : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas Philippe ! » Ce n’est pas un reproche ! Jésus lui parle de la proximité qu’il a avec le Père, « cœur-à-Cœur ». Car « celui qui m’a vu a vu le Père ! » La meilleure preuve, ce sont ‘les œuvres’ mêmes du Fils. Et nous les connaissons ! Mais connaissons-nous suffisamment Jésus pour, en Lui, ‘voir le Père’… J’ai idée que mon vieux frère Paul, sur son lit de mort, avait trouvé la clef dans la proximité de Celui dont il n’avait jamais lâché la main.

« Celui qui croit en moi fera les mêmes œuvres que moi. Il en fera même de plus grandes ! » Avec Jésus, ce sont toujours ‘les fruits’ qui attestent de la vérité de notre relation à Dieu. Il faut pourtant aller à la source de cette relation : le dernier repas de Jésus, dans les signes du pain et du vin, et celui du lavement des pieds, inséparablement liés. Ce dernier signe ne se trouve que dans l’évangile de Jean, où il n’est pas fait mention de l’institution de la Cène mais juste évoqué le dernier repas : « Si moi, le Seigneur et le Maitre, je vous ai lavé les pieds les uns aux autres… » C’est donc qu’on ne peut célébrer l’eucharistie sans vivre la fraternité ; Pas de messe sans diaconie !

La diaconie justement ! C’est elle dont les apôtres découvrent l’importance, dans le texte des Actes (la 1re lecture – Ac 6, 1-7) : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables… » Ils choisissent donc 7 hommes, reconnus et appréciés de tous, pour les instituer comme diacres, c’est à dire « au service des tables » : du repas partagé ; de la parole échangée ; du service des sœurs et des frères, et spécialement les plus fragiles. Ainsi, les rôles sont bien répartis : Les apôtres à la Parole et les diacres au Service ! Or c’est un diacre aussitôt après, Etienne, qu’on voit annoncer la Parole jusqu’au don de sa vie ! C’est pourtant le rôle que souhaitaient se préserver les apôtres. L’Esprit déborde nos catégories et nos stratégies humaines… même quand on est apôtre !

Je finis mon propos… et reviens au début du texte ! « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Que votre cœur ne soit pas bouleversé. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ! » Dieu, nous l’avons dit, était la clef de voute de la société de ce temps, société traditionnelle. La modernité est passée par là, rebattant les cartes pour congédier Dieu aux périphéries de nos sociétés matérialistes. Le temps que nous vivons, temps qu’on pourrait appeler celui de la relativité, semble L’avoir totalement oublié. Deux guerres mondiales ont terminé de vider Dieu de la puissance qu’on lui portait. On dirait qu’il n’a plus voix au chapitre… Qu’a-t-il à dire, alors, sur la crise sanitaire qui secoue notre monde ? La moitié de l’humanité confinée, et d’autres crises à suivre sans doute…

Mais… nos églises vidées aujourd’hui ne seraient-elles pas le signe que Dieu est déjà sorti, se libérant de tous les confinements dans lesquels l’a placé l’humanité ? A la manière de Jésus dans l’évangile de Marc : « C’est pour cela que je suis sorti » dit-il à Simon-Pierre (Mc 1, 38), pour proclamer l’évangile ! Déjà, il nous attend dehors pour nous aider à sortir, nous aussi, de notre propre confinement ! Nous voilà tous appelés au même déconfinement qu’Etienne, Thomas ou Philippe, pour devenir comme eux, tous diacres et apôtres !

N’avons-nous pas trop souvent installé Dieu dans ‘un lieu’, certes qui nous rassure mais qui ne nous aide plus à vivre le moment présent ? Un jeune me disait : « Nous avons posé Dieu à un endroit de nos têtes, et il y est fixé ! » Le même me disait aussi : « J’ai plein de copains qui se posent la question de Dieu : ‘Il y a quelque chose, mais je ne sais pas quoi’… » Ils attendent eux aussi, un déconfinement qui leur ouvre le sens… sans pouvoir le dire.

Une jeune femme en juillet 42 a osé ce déconfinement spirituel. Et pourtant !… Du cœur des ‘Camps de la mort’, elle osait prononcer ces mots : « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. » Elle s’appelait Etty et n’était pas chrétienne. Une autre, quelques temps plus tôt, osait encore ces mots : « Au cœur de l’Eglise, je serai l’amour ! » Elle s’appelait Thérèse, confinée en son carmel. Que nous dirait Jésus aujourd’hui ? Ecoutons ce qu’apporte le vent… Il nous chuchote au cœur : « Vous croyez en moi ? Croyez aussi en Dieu, mon Père, source de tout amour ! »

Patrick Salaün
Prêtre de la mission de France
Homélie 10 mai 20 -  PDF - 43.7 ko
Homélie 10 mai 20
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Prière universelle – 5e dimanche de Pâques

Intentions préparées par une équipe liturgique de St-Yves (Lannion)

1- Nous te prions pour que notre foi s’élargisse en s’appuyant sur la Parole de Jésus qui nous dit qu’à travers notre foi, nous ferons des œuvres plus grandes que les siennes. Fais que nous comptions sur Lui qui intercède pour nous en tout temps et tout instant.

2- Nous te prions pour notre monde confronté à la lutte contre le corona-virus et pour la mise en œuvre du déconfinement. Que ton Esprit nous protège et nous garde contre toute tentation d’ignorer et de banaliser les mesures sanitaires imposées.

3- Nous te prions pour ceux et celles qui vont perdre ou qui ont perdu leur emploi, pour que notre gouvernement trouve des mesures favorables et salutaires pour eux.

4- Nous te prions pour tous ceux et celles qui nous ont quittés, qu’ils soient dans ta paix, Toi, la Porte de la vie qui nous mène au Père.

5- Nous te prions pour que les relations et les liens entre les personnes soient proches et fraternels et que cette épidémie soit un vecteur d’une prise de conscience de ce besoin de fraternité.

6- Avec tous les couples qui célèbrent un anniversaire de mariage, nous te rendons grâce.

A compléter avec vos propres intentions de prières

Nous confions au Seigneur les défunts de notre paroisse décédés cette semaine, et dont les obsèques doivent être célébrées dans la stricte intimité familiale :

Claude Morlaix, lundi 4 mai à Trébeurden

Jeannine Cabel, mercredi 6 mai à Ploulec’h

Marie-Thérèse Le Teurnier, mercredi 6 mai à St-Jean-du-Baly

Hyacinthe Toudic, mardi 12 mai à Brélévenez

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