Mercredi 16 mai 2018

Yann Talbot, prêtre et homme de conviction Enregistrer au format PDF

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Yann Talbot, prêtre et homme de conviction

C’est peu dire que le décès de l’abbé Yann Talbot aura provoqué une grande émotion chez tous ceux qui ont pu apprécier ses qualités d’homme et de prêtre.

Prêtre, il exerça d’abord son ministère à Rostrenen, où il fut ordonné en 1974 et où il a longtemps enseigné l’histoire-géo et l’économie au lycée de Campostal. Le trégorois qu’il était s’adapta parfaitement à la Haute Cornouaille. L’été, il organisait des camps de jeunes dans divers pays d’Europe, au contact des populations locales. Chaque fois qu’il le pouvait, il mettait à l’honneur la langue bretonne dont il était un fin connaisseur, que ce soit pour donner des cours d’initiation au breton, ou pour la liturgie. Revenu dans son Trégor natal, il continua dans cette voie, célébrant régulièrement des messes en breton, avec ce phrasé lent et précis qui le caractérisait et qui avait une valeur pédagogique : Yann voulait être compris du public. Nous sommes nombreux à avoir apprécié la qualité et la finesse de ses homélies, qui traduisaient la profondeur de sa foi, nourrie aux meilleures sources théologiques car Yann était un grand lecteur.

Ce prêtre était aussi un savant, dont l’étendue des connaissances pouvait laisser songeur. Il pouvait prêcher en Gallois, en Allemand… Sa connaissance des langues était pour lui une forme d’ouverture au monde, avec une forte attraction pour l’univers celtique qui constituait son biotope. Ce savoir, il le partageait avec ses élèves lycéens, puis, parvenu à l’âge de la retraite, avec les adultes inscrits à ses cours de breton.

Écrivain, il laisse des poèmes, des traductions, et des homélies qui parfois ont été publiées, rendant hommage par exemple à la poétesse trégoroise Añjela Duval, dont il appréciait, outre ses qualités littéraires, cette foi chrétienne et bretonne qu’Añjela exprimait en ses œuvres.

Enfin, il paraît essentiel de définir le militant breton. Dans ce domaine il pouvait être intraitable ! La devise ’Feiz ha Breizh’ (Foi et Bretagne) héritée du mouvement Bleun Brug (Fleurs de Bruyère) lui allait comme un gant. C’est au nom de sa foi qu’il réclamait justice pour la Bretagne et sa langue.

La mort de l’abbé Yann Talbot, homme simple, érudit, profond, constitue une grande perte pour le diocèse, pour la Bretagne.

Jef Philippe, diacre, délégué épiscopal Foi et Culture Bretonne.


L’abbé Yann Talbot, né le 3 septembre 1940 à Lannion, baptisé le 8 septembre 1940 en l’église Saint-Jean-du-Baly, ordonné prêtre le 29 mars 1974 à Rostrenen, décédé le dimanche 13 mai 2018.

Licencié en Histoire/Géographie et en Théologie, Yann a d’abord été vicaire à Rostrenen où il était enseignant. Il devint curé de la paroisse de Rostrenen, responsabilité à laquelle s’ajouta plus tard celle d’administrateur de Maël-Carhaix. En 2001, il est nommé curé de Tréguier jusqu’en 2006, date à laquelle il se retira au presbytère de Brélévenez. Malgré de graves soucis de santé qu’il a courageusement affrontés ces dernières années, il a généreusement offert ses services aux paroisses de Lannion et Pleumeur-Bodou jusqu’au bout.

Voici un extrait de la dernière homélie qu’il a prononcée lors de la messe du jour de Pâques à Pleumeur-Bodou, le 1er avril :

« Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3, 1)

« peogwir oc’h savet da vev a-unan gant ar Christ »

Victoire de la vie

« En contemplant et célébrant la Résurrection du Seigneur, nous fêtons notre propre victoire puisque nous sommes aspirés par lui vers la Vie.

Ainsi, dans la force de vie qui nous vient du Christ, nous passons notre existence à ressusciter tous les jours, c’est-à-dire à faire jaillir la vie en nous-mêmes et autour de nous. Nous ne sommes pas des nostalgiques du futur, si lumineux soit-il, mais des passionnés du présent où tout a commencé à partir du matin où le Christ est sorti du tombeau, faisant entrer l’humanité dans une ère nouvelle. Et nous accordons la plus grande attention à cette vie où nous sommes, puisque nous savons qu’elle est déjà lieu de vie éternelle. On n’estime pas la vie future en sous-estimant la vie présente. »

Fête de la mer à l'Île-Grande. Dimanche 6 août 2017 Père Yann dimanche 1er avril 2018