Culture et foi 2011
Samedi 13 août 2011 — Dernier ajout samedi 17 février 2018

Une « Genèse » hors du commun Enregistrer au format PDF

Conférence du 4 août 2011
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200 personnes ont applaudi avec passion les 2 acteurs (Pierre Grandry et Luc Aubard) qui ont déroulé sur scène les 1ers chapitres de la Genèse. Spectacle qui a subjugué le nombreux jeune public présent comme les familiers du texte saint.

Les acteurs

Elohim, le Créateur : Il émerge d’un lourd manteau, pesant comme une montagne. Il est d’abord « le plus vieux livre du monde, traduit en 1591 langues ». Coiffé d’une couronne bouffonne, il dit gravement le texte puis le fait vivre aidé de son acolyte, vif et actif témoin de l’Histoire du monde contée sans mièvrerie. Pierre Grandry est ici semblable à lui-même, quand on l’a vu dans ses jeux scéniques précédents (Paul, Damien, Péguy). Ici il est Elohim, le Créateur, passionné par son œuvre qu’il détaille amoureusement. Si Dieu a fait l’homme à son image, il l’a fait avec passion. Bientôt libéré de sa lourde mais élégante carapace, il se mêle aux hommes, pour « jouer » Noë ; et libérer l’arc-en-ciel réconciliateur.

Satan et autres : C’est Luc Aubard. Il faut le voir dans sa démarche contrefaite arpentant le jardin – la scène-monde – fascinant même, car jouant de la grimace et de l’effroi. Satan des porches des cathédrales, guignol pervers qui guette l’innocent(e). Puis Luc Aubard redevient l’homme-témoin, surpris par le récit biblique, contestataire parfois. Et que d’expressivité curieuse dans ce fin visage toujours mobile.

Le texte

Je n’explique pas le comment, mais le pourquoi des choses rappelle le conteur qui parle comme un livre, le Livre. Un livre savoureux, souriant, où les jolis mots abondent, poétiques à souhait. Car le monde est saveur et jouissance. Mais au-delà de la forme vivante, teintée d’allégresse, il y a une évidente intelligence du texte : modelant son « glaiseux » comme il dit (exacte traduction d’Adam, le « cul-terreux ») il sépare en deux, à part égales, son bonhomme d’argile. C’est en effet que Dieu a pris le côté (non pas la côte) d’Adam pour lui faire une compagne. Le mot hébreu ne sera réemployé dans le Texte que pour désigner le côté du Temple. C’est de la vraie exégèse. D’ailleurs, y a-t-il un théologien pour contester cette affirmation d’Elohim-Grandry : Elohim a puisé la lumière au fond de lui-même ?

La mise en scène

On a parlé déjà de cette carapace-houppelande qui couvre l’acteur et dont il sait se libérer. En jouant des ouvertures du vêtement (épaules et cou), il murmure l’appel tendre de Dieu dans le Jardin encore offert. Souvent perché sur son coffre gris-beige, il en bouge peu, juste pour descendre parmi les hommes avec Noé. D’un coffre-siège le conteur fait sortir une arche dans laquelle on reconnaît une vielle. Après quelques navigations simulées, la vielle atterrit dans les mains expertes du témoin privilégié (tantôt Satan, tantôt l’homme) qu’est Luc Aubard, mime-magicien superbement doué qui joue de tous les instruments. C’est aussi lui qui tient le rôle du serpent du Jardin d’Éden, ondulant, un temps facétieux, terriblement efficace. Je jeu dramatique dans ce théâtre presque neuf est servi par un éclairage impeccable : bravo à Olivier, le régisseur du centre culturel ; comme à toute l’équipe du « Sémaphore ».

Les spectateurs provoquent de nombreux rappels, les enfants crient : bravo ! tous en redemandent. La nuit aurait pu passer dans l’évocation d’autres livres de la Bible. Les deux acteurs nous ont offert une riche catéchèse, superbement efficace.

Quelques photos de la soirée

(Photos de Jean-Marc Dubé)