Mardi 13 février 2018 — Dernier ajout jeudi 29 mars 2018

Et si, en ce début de Carême… Enregistrer au format PDF

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Et si, en ce début de carême, je faisais un point sur ma prière ?

PRIER : une rencontre intérieure avec Dieu, un moment non pour parler de Dieu (comme d’un absent) mais pour parler avec Dieu présent à moi ici et maintenant, Lui qui m’aime au delà de tout ce que peux imaginer : jusqu’à quel point est-ce que je le crois ? Comment ne pas chercher à connaître davantage Celui que j’aime et dont je suis aimé ? Comment mieux le connaître qu’en le rencontrant personnellement, plutôt qu’en étudiant moultes écrits sur son sujet ? « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, c’est de goûter et sentir les choses intérieurement » (St Ignace).

Comment faire ? D’abord peut être, accepter que, dans cette rencontre, ma part soit toute petite devant celle de Dieu. Petite mais indispensable et pas pour autant facile, (mais est-ce facile d’aimer ?) et qui consiste à me disposer à accueillir Dieu. Vais-je tarder à l’accueillir, Lui qui vient à ma rencontre pour me donner sa vie et me transformer, souvent à mon insu, pour lui ressembler davantage, devenir son fils, et m’unir à Lui dans l’amour ? « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.  » (Jn 17, 3). Et la vie éternelle, c’est déjà aujourd’hui, dans mon quotidien, qu’il me la propose.

Comment est-ce que je vis les 3 attitudes qui peuvent faire de ma prière une rencontre :

  • DESIRER et demander à Dieu ce que je désire : c’est me montrer vivant et Le reconnaître comme mon Père et Créateur. Sans désir, quel sens aurait la rencontre ? « Ton désir c’est ta prière. Il y a une prière intérieure qui jamais ne se tait : c’est ton désir. » (St Augustin) . Quel est mon désir ? Osé-je le Lui exprimer ?
  • L’ACCUEILLIR avec confiance, comme je suis, en me laissant toucher, éclairer par ce qu’Il fait et me dit à travers les Écritures (une scène d’évangile, un texte biblique, un psaume…), la Liturgie (Eucharistie, prière des heures…), Sa création (ma journée, un proche, l’actualité, un paysage, une œuvre d’art….). Qu’ai-je senti et goûté de nouveau dans ce que j’ai lu, vu, entendu ?
  • PONDRE par amour à Son amour : une action de grâce, une louange, une supplication, un cri, une demande de pardon, l’expression d’un nouveau désir, une décision, un temps d’adoration, un silence plein d’amour …. selon ce qui monte de mon cœur. Qu’ai-je à cœur de Lui répondre ? Joie et empressement de Dieu à répondre à l’ardeur de mon désir, de mon accueil et de ma réponse pour me faire sentir son amour et venir demeurer en moi.

Ainsi, après avoir demandé mon pain quotidien dans le Notre Père, comment est-ce que je reconnais et reçois ce pain au jour le jour ? Comment est-ce que je réponds à ce don ?

Lorsque je lis ou écoute une scène évangélique, dis-je par exemple au Christ mon désir de Le connaître davantage pour mieux L’aimer ? Est-ce que je prends le temps d’entrer dans la scène pour la vivre avec Lui et accueillir ce qui m’y touche, me parle ? Est-ce que je me laisse entrainer, appeler vers quelque chose de nouveau ? Est-ce que je Lui en parle et Lui demande de m’y aider ?

Quand je relis ma journée avec Lui, est-ce que je Lui demande la grâce de reconnaître sa présence agissante à mon côté aujourd’hui ? En me remémorant tel ou tel moment de ma journée, est-ce que je cherche de sentir et goûter cette présence ? Quelle est ma réponse à la joie que cela me donne peut être ?.

En plus de ces relectures de ma manière de prier, pourquoi ne pas prendre un temps pour contempler Marie avec l’Ange Gabriel, et Zachée, Bartimée, les disciples d’Emmaus… avec Jésus pour voir comment, dans ces rencontres, ils y ont vécu ces trois attitudes ?

Un critère de discernement de la grâce de Dieu dans la prière reste celui de l’ouverture à autrui. Après leurs rencontres avec Dieu, de Marie, Zachée… se sont-ils retirés dans leur tour d’ivoire ?

PARTAGER :Que fais-je de ce que je reçois dans la prière ? Est-ce que je le partage à mon confoint, dans ma famille, à des amis, à d’autres chrétiens ? Y at-il des lieux où je puisse le faire ? Car on n’est pas chrétien tout seul. Et nous ne recevons pas une grâce pour la garder et en jouir jalousement mais pour en rendre grâce à Dieu et la partager. En partageant ainsi, on fait Eglise dans la joie, comme en témoigne St Jean dans sa 1re lettre : « Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous…afin que nous ayons la plénitude de la joie ». Ne pas partager, c’est priver d’autres de cette vie que Dieu vient me donner.

ET JEUNER ? Au delà de ce partage de ma prière, est-ce que, avec le temps, a grandi en moi une attention à ce que vivent les autres, à l’œuvre de Dieu en eux et dans le monde ? « Quel est donc le jeûne qui me plaît ? N’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » (Is 58, 6- 7)

APPRENDRE ET EXPERIMENTER : « Je ne sais pas prier, je ne peux pas prier, je ne sens rien, je suis distrait…. » se décourage–t-on parfois. Se redire alors que, dans la prière, s’il y a l’expérience de la rencontre qui encourage, il y a aussi l’épreuve de l’abscence, du passage au désert qui fait grandir le désir : tous les saints l’ont connu.

Et prier, cela s‘apprend (et ce n’est jamais fini) en puisant dans les trésors déposés dans l’Église par nos prédécesseurs dans les diverses spiritualités et en se faisant aider par de plus expérimentés que nous. Car la vie spirituelle est d’abord affaire d’expérience. Plus, « C’est en contemplant et en écoutant le Fils que les enfants apprennent à prier le Père », dit le catéchisme (N° 2601).

Dans la prière, au dela des méthodes, il faut aussi apprendre à reconnaître et suivre « l’Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables » (Rom 8 v26). C’est à moi de sentir et trouver, avec l’Esprit Saint, de quelles manières, en quels lieux, avec quels groupes, même petits, prier et partager. Et « Ce que nous demande le Christ, ce n’est pas d’être nombreux mais d’avoir du goût », comme l’écrit Mgr Albert Rouet dans son livre « J’aimerais vous dire… ».

Denis Chomel