Publié le dimanche 26 avril 2009

L’Eglise est elle contre le monde ?

Etre chrétien ces temps derniers, en particulier dans notre monde occidental, n’était pas très facile et certains ont pu se sentir découragé après les décisions surprenantes de notre hiérarchie sur

  • La suspension surprise de l’excommunication des évêques de la tendance traditionnelle de Mgr Lefevre.
  • La curieuse réaction du Cardinal de Récife (Brésil) qui avait excommunié la famille d’une fillette de 9 ans enceinte et avortée suite à un viol.
  • Les Déclarations de Benoit XVI sur l’usage du préservatif en Afrique

Est ce vraiment inquiétant pour l’Eglise ? Je ne le crois pas car si on y réfléchit bien ce n’est pas surprenant :

  • Les médias recherchent les détails croustillants et susceptibles de capter l’attention sans s’intéresser, de fâçon générale, aux perspectives d’avenir et à l’intérêt général.
  • Notre société vit trop dans une recherche du seul plaisir. Il serait pourtant intéressant alors qu’on parle beaucoup d’écologie ou de développement durable, qu’on puisse s’interroger sur un bonheur et une harmonie humaine durables
  • A titre de confirmation de cette interrogation , on peut noter qu’en Afrique le Pape a reçu un accueil particulièrement chaleureux et que beaucoup se sont interrogés, dans les pays visités, de nos réactions d’occidentaux

En toute modestie acceptons de nous remettre en question. La résurrection du Christ nous met dans une toute nouvelle perspective optimiste.

Dans ce cadre, voici une belle réflexion du P Gasset Assomptionniste, parue dans le journal "La Croix"

Le responsable de publication.

L’eglise est-elle contre le monde ?

Une Réflexion du P Sylvain Gasser

Extrait de la Croix du Vendredi 17 Avril 2009

« L’église doit s’incarner dans sa culture et se laisser interpeller par les questions nouvelles »

Quand la tourmente souffle sur l’Église, la critique fuse de toute part. « Fatiguée », « usée », « réactionnaire », « intolérante » : que n’a t on entendu ! Ces diatribes, blessantes pour les chrétiens, obligent à réfléchir sur le lien entre l’Église et le monde. À lire saint Jean, les empressés du monde ont tort : « Si quelqu’un aime ce monde ci, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 jn 2, 15). Et jésus lui même : « Ma royauté, n’est pas de ce monde » (jn 18,36). Une guerre des mondes ? L’Evangile appelle plutôt l’Église à se situer entre monde et Royaume, dans un entre deux qui l’oblige à témoigner de ce qui se passe entre l’homme et Dieu.

Par la vie, la mort et la Résurrection de Jésus, le croyant se découvre libre devant les hommes et devant Dieu, responsable de l’avenir du monde et de l’avenir de Dieu dans le monde. Mais la foi en Jésus Christ est devenue à son tour une religion qui ne place pas toujours l’Église à la hauteur du Dieu qu’elle professe : « Quoi qu’il s’en défende, le christianisme est bel et bien tombé dans la potion religieuse », m’écrit un lecteur. L’erreur de l’institution : s’accrocher coûte que coûte à l’image de Dieu reçue du passé, alors que l’évolution des représentations du monde, du lien à la nature, des formes de la vie sociale ne cesse de modifier l’image de Dieu dans l’esprit des croyants et des incroyants. Le christianisme n’est pas exempt de traditionalisme, de légalisme, de ritualisme. Si l’Eglise veut libérer le monde il lui faut se libérer d’abord de ses propres œillères.

Mission impossible ? Je ne le crois pas. Pour se faire entendre dans le monde d’aujourd’hui, l’Église doit s’incarner dans sa culture et se laisser interpeller par les questions nouvelles. Face à l’urgence de réinventer son organisation, son mode d’implantation dans la société et le style de son discours enjeux qui ne datent pas d’aujourd’hui , elle doit pouvoir dire, avec désintéressement, une parole d’humanisation et montrer aux peuples les chemins de la dignité humaine, de la fraternité, de l’unité, de la paix. L’Église n’a d’autre défi à relever que de signifier, dans le monde tel qu’il est, la différence radicale de l’Évangile. Madeleine Delbrêl l’a bien compris : « Le chrétien est pour ses frères un homme qui aime les choses du monde à leur valeur et dans leur réalité, mais il est aussi un homme qui préfère à toutes ces choses le Dieu dont il est le croyant.(…) ses choix sont une interrogation à neuf sur le monde, sur ce qui dépasse le monde. »

Servir la cause de l’homme, œuvrer à la libération des personnes et des peuples, participer à la construction d’un

monde fraternel dans la justice et la paix, voilà une authentique mission de salut et d’annonce de l’Évangile.

"Si Église est le salut du monde, écrivait Yves Congar, le monde est la santé de l’Église. » En sortant de ses murs, en portant une extrême attention à l’autre qui suscite sa Pentecôte, l’Église se découvre accompagnée. Le Christ ressuscité, voici qu’il travaille le monde avec elle. On le croyait au ciel : le voici qui fait corps avec ses témoins