Publié le mardi 18 septembre 2007

Homélie de Laurent le Boulch Lors de la messe du 16 Septembre à Trégastel Bourg

A la demande de plusieurs paroissiens qui souhaitent pouvoir réfléchir sur le texte de l’homélie de Laurent le Boulch, le Dimanche 16 Septembre à Trégastel, Nous sommes heureux de la publier.

Nous rappeleons à cette occasion que ce site est ouvert aux propositions mais aussi le responsable de publication serait très heureux d’un supplément de collaboration

Homélie de Laurent le Boulch - le 16 Septembre

Magnifique parabole de Jésus. Elle nous parle de rupture mais aussi de lien retrouvé.

Rupture d’un fils avec son Père. En demandant son héritage, le plus jeune des fils met à mort symboliquement son Père. Il veut rompre radicalement ses liens avec lui. (Il rêve d’un veau d’or). Mais l’aventure tourne court. Le rêve de liberté finit dans une grande solitude. Au lieu de l’épanouissement promis de la vie c’est la détresse de la mort qui gagne le fils.

Parabole pour aujourd’hui bien sûr. Il n’est pas difficile de reconnaître dans l’enfant prodigue tous les désirs d’autonomie, les rêves d’indépendance qui nous habitent. Pour devenir soi-même et vivre sa vie, il faut bien s’émanciper de ses parents et couper le cordon. Expérience incontournable de l’adolescence.

Mais notre époque pousse à l’extrême ces ruptures. Elle laisse entendre trop souvent qu’être libre ce serait vivre sans attache et sans contrainte. Vivre en tenant compte de soi d’abord, se fier à ses expériences plutôt qu’à celle des autres. Devant l’évolution tellement rapide des techniques et des savoirs, combien de parents se sentent d’ailleurs disqualifiés, ne sachant plus très bien quoi transmettre à leurs enfants. Or, paradoxalement, ce pourrait bien être de cela justement dont souffrent des jeunes d’aujourd’hui : trop livrés à eux-mêmes, trop solitaires, pas assez reliés à la sagesse des générations qui les ont précédées.

La même illusion gagne pour ce qui est de Dieu. Pourquoi faudrait-il avoir besoin de Dieu pour vivre ? Quel besoin d’une Eglise ? Ne peut-on pas faire son chemin, librement, par soi-même ? Mais ici aussi l’épreuve de la solitude, ou du vide de tradition, pèse parfois. En contre point, il faut entendre aujourd’hui ces aspirations excessives quelques fois à se trouver un Maître, un Père ou un gourou …

Mais il est question d’une autre rupture dans la parabole de Jésus. Celle d’un frère avec son frère. De retour des champs, le fils aîné refuse d’entrer dans la fête. Il proteste contre l’accueil du prodigue car il ne voit en celui-ci qu’un profiteur, un bon à rien qui s’en sort à trop bon compte, un pécheur qui devrait payer sa faute. Le sentiment d’injustice et la jalousie l’étouffent : « ton fils que voilà est arrivé, après avoir dépensé ton bien avec des filles, et tu as fait tué pour lui le veau gras ! ». L’aîné des fils ne regarde plus son frère comme son frère.

Parabole pour aujourd’hui bien sûr. Quand la jalousie, la morale du mérite et de la récompense, l’intransigeance devant la faiblesse ou l’échec, empêchent de reconnaître en l’autre un frère. Vision étroite d’une justice implacable et sans pitié. Nous avons parfois la compassion et le pardon trop difficiles. Nous en oublions la joie et la gratuité de l’amour.

Dans cette parabole de Jésus, la rupture semble pourtant l’emporter. Rupture avec le Père, rupture avec le frère. Ces ruptures ne conduisent qu’à la mort car la mort n’est ce pas cela : des relations qui se brisent à l’extrême, des liens rompus ?

Il en est pourtant un dans cette parabole qui ne brise rien, qui préserve le lien et qui sauve la relation. Il en est un qui ne cesse pas d’être lui-même parce qu’il vit tout entier dans le don et la relation. Le seul de la parabole qui reste fidèle jusqu’au bout, quoiqu’il advienne, c’est le Père. Amour d’origine, toujours plein, sans défaillance et sans rupture. Lui seul alors est capable de redonner la vie. Lui seul est en mesure de juger ou de pardonner.

Au jeune fils parti sans laisser d’adresse et qui s’en revient, il serait en droit, le Père, d’exiger des excuses, ou pour le moins des explications. Mais il est tout entier à la joie des retrouvailles. Si le fils n’a pas toujours été fils, si il a refusé un jour de vivre en fils (d’ailleurs il en tire logiquement toutes les conséquences : je ne mérite plus d’être appelé ton fils), le Père lui, n’a jamais cessé d’être un Père pour lui. Seul le Père peut lui redonner sa dignité de fils.

Ce fils aîné refusant la fête, le Père serait en droit de le condamner lui aussi. Mais il lui redit simplement que tout ce qui est à lui, le Père, est à lui également, qu’il est invité à la fête des retrouvailles, comme celui qui est aimé depuis toujours, car ce fils perdu et revenu, est son frère : « ton frère était perdu mail est revenu à la vie ». Seul le Père peut lui redonner sa dignité de frère.

Visage extraordinaire du Père dans la Parabole. Comment ne pas reconnaître dans le visage de ce Père, le visage de Dieu révélé en Jésus ?

La Parabole de l’Evangile nous redit alors que ce n’est que dans la relation vraie au Père et aux frères, inséparablement que l’on devient des vivants.

Elle nous appelle à vivre une relation vraie avec Dieu et avec nos frères. Ce n’est pas en chassant Dieu de nos vies, ce n’est pas en voulant prendre son héritage, ou encore en nous séparant de lui que nous trouverons la liberté. L’homme qui refuse obstinément l’amour qu’est Dieu en lui risque de finir dans la tristesse et la solitude.

Ce n’est pas davantage en refusant le frère que nous serons des vivants. L’homme qui refuse la fraternité finit lui aussi enfermé dans son égoïsme. Croyant vivre par lui seul, il oublie qu’une vie d’homme ne s’épanouit que dans la relation reçue des autres.

Dieu Père, comme dans la Parabole des deux fils, est celui qui nous remet en relation. En Jésus nous retrouvons la relation à Dieu et à nos frères. En lui nous nous éprouvons aimés à l’infini, au-delà de toute raison, par un Dieu Père qui, au lieu de nous endormir ou de nous rendre esclaves, nous réveille et nous libère. En lui nous nous reconnaissons frères les uns des autres. C’est un cadeau qui nous est donné, mais c’est aussi une exigence à vivre.

A l’image de ces deux fils, il nous arrive parfois, gagnés par le péché, d’oublier le Père, d’oublier le frère. En Jésus pourtant, nous le croyons, le Pardon de Dieu offert inlassablement nous remet en relation. Le Christ nous révèle le visage d’un Dieu Père de miséricorde qui restaure en nous la dignité d’enfants de Dieu et de frère des hommes.

Ce matin, comme à chaque Eucharistie, toute l’Eglise se tourne vers ce Dieu Père en Jésus par l’Esprit. En nous tournant vers le Père nous nous tournons vers nos frères. La communion à Dieu nous met en communion avec tous les hommes nos frères. Entrons alors dans la prière du Notre Père qui sauve les hommes. Amen